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1) Le Réformiste et le Contestataire
2) Le Contestataire devenu médiatique
3) La Direction et la Base du syndicat
4) Le Syndicaliste embourbé
5) A.T.T.A.C se voyant dans les médias
6) Le pot de terre A.T.T.A.C et le pot de fer socialiste

 

 

1) Le Réformiste et le Contestataire

Le Réformiste dit un jour au Contestataire :
"Tu as beau jeu de refuser le système.
Une concession ne t'est jamais nécessaire,
Et la réforme t'est toujours un blasphème.
Tu refuses la moindre exploitation,
Et n'accepte pas une once d'illusion.
Alors que nous les syndicats réformistes,
En acceptant de participer et de gérer,
Nous acquérons puissance et efficacité,
Et nous ne passons jamais pour utopistes.
Tout vous est contestation,
Tout nous semble collaboration.
Encore si vous participiez
Aux fonds de pension éthiques
Dont nous couvrons la république.
Demain, vous n'auriez plus à mendier.
Nous vous protégerions,
Finie la stérile opposition.
Mais vous persistez le plus souvent
A refuser le nouveau sens libéral du vent .
Votre survie dans un tel système
Me semble bien blême.
-Votre compassion, lui dit le Contestataire,
Part d'un bon naturel, mais quittez ce souci .
Le système m'est moins qu'à vous sursitaire.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Peu investi dans le système capitaliste
Et ses projections irréalistes.
Mais attendons la fin". Comme il disait ces mots,
Accourut de Wall Street la plus terrible info
Qu'un Réformiste "éthique" puisse imaginer :
L'entreprise phare du plus réputé
Des fonds de pension "éthiques" existant
Venait d'être reconnu sans faux-fuyant
Comme une des plus cyniques et endettées.
Le modéré gère, le révolté conteste.
La crise obligée redouble d'intensité,
Et fait si bien qu'elle devient funeste
Pour celui qui prétendait faire cohabiter
Profit financier et bonheur des salariés.

( d'après "Le Chêne et le Roseau". Certains syndicats semblent croirent qu’ils pourront s’engager dans une voie réformiste –par exemple en gérant des fonds de pensions plus " éthiques " que les autres- dans une société ou la liberté des capitaux serait devenue irrémédiable. On ne saurait que trop leur recommander la lecture de Frédéric Lordon sur ce qui les/nous attend. Et nous ne leur permettrons pas de dire qu’ils ne savaient pas dans quoi ils s’engageaient. Pas de justice sociale sans arraisonnement du pouvoir de la finance et des actionnaires ! C’est là un des critères obligatoires (mais peut-être pas suffisant) pour discriminer vraie et fausse gauche, surtout à l’heure du réchauffement climatique ou il faut cesser de produire plus : Pas d’autre choix que de redistribuer)

 

 

 

2) Le Contestataire devenu médiatique

Un Contestataire voulant d'audience grande part,
Des "petites gens" snobant le voisinage,
Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard,
Et des médias devenir un grand personnage.
Il se déguise, des médias endosse le ton,
Fait de l'apparent audimat son obsession,
Sans oublier qu'ici, du public on s'amuse.
Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
Il aurait volontiers écrit sur son chapeau :
"C'est moi qui passe le mieux sur les plateaux."
Sa personne étant ainsi faite,
Et l'audimat obssessionnellement en tête,
Notre sycophante approche doucement.
Le journaliste, aux puissants faisant ses courbettes
Dormait profondément.
Son patron aussi, comme son oreillette.
Le public dormait pareillement.
L'hypocrite les laissa faire ;
Et pour pouvoir libérer les futurs affranchis
Il voulut ajouter les arguments aux habits,
Chose qu'il croyait nécessaire.
Mais cela gâta son affaire :
Il ne put des médias contrefaire la loi.
Ses arguments firent retentir les voix,
Et découvrirent de la censure tout le nerf.
Chacun se réveille à ce son,
Le public, l'annonceur, le patron.
Le pauvre Contestataire, dans cet esclandre,
Empêché par son audimat obsession,
Ne put ni fuir ni se défendre.

Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Que le militant agisse en militant.
C'est de loin le plus pertinent.

(d'après "Le Loup devenu Berger". Quand on voit la façon dont les médias massacrent certains questionneurs sérieux ( ?) de la logique de notre société, on se dit parfois qu’ils ne devraient même pas y aller. Que reste-t-il de certains passages de José Bové dans les médias, sinon l’image d’un contestataire exotique et folklorique ?)

 

3) La Direction et la Base du syndicat

Le syndicat a deux parties
De son utilité parfois ennemies,
Direction et Base ; et toutes deux
Jouent quelquefois un jeu
Qui peut s'avérer mortel :
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survient de grands débats
Pour le pas.
La Base avait toujours contrôlé le bureau.
Les permanents se plaignirent
Et dirent.
"Nous faisons maints procès verbaux
Comme il plait à celle-ci.
Mais croît-elle que nous la consulterons toujours ainsi ?
On nous a élus pour la démocratie,
Ses représentants et non ses suivants.
Nous sommes d'utilité supérieure,
Et notre pouvoir doit avoir plus de grandeur.
Mieux qu'elle nous portons
Au gouvernement nos récriminations.
Enfin, voilà notre requête :
C'est à vous militants de vôter
Que seul le bureau décrète
De l'action de la base l'utilité ;
Nous la conduirons si bien
Qu'on ne se plaindra de rien."
Les adhérents, trop heureux de se décharger
De ce travail et de telles responsabilités,
Confient donc tout pouvoir à leur Direction.
Mais bien plus tentés par les subventions
Accordées aux syndicats "réformistes"
Que par l'attaque des capitalistes,
Voilà que nos apparatchiks dirigistes
Privilégient de leurs pouvoirs la reproduction
Plutôt que l'avancée des revendications.

Malheureux les militants des syndicats réformistes.

(D’après "La Tête et la Queue du serpent" Pour comprendre comment " l’apparatchik " censé représenté sa base peut en arriver à se retourner contre celle-ci pour mieux faire passer ses intérets d’homme d’appareil, lire "le fétichisme politique" de Pierre Bourdieu, une lecture indispensable pour tout militant, et nous sommes tous des militants, fusse-ce de l’indifférence au militantisme)

 

 

 

 

 

4) Le Syndicaliste embourbé

Le permanent d’un syndicat
Vit sa base le déserter. Il ne pensait pas
Son déclin réversible : c’était voulu,
Et présenté par des médias corrompus
Comme un progrès social.
On sait tout le mal
Dont ces gens font profession.
Dieu nous garde de leurs manipulations !
Pour venir au Syndicaliste embourbé,
Le voilà qui déteste et se met à jurer,
Pestant, en sa fureur extrême,
Tantôt contre sa base, puis contre les prolos,
Contre la C.E.S, contre lui-même.
Il invoque à la fin Bourdieu dont les travaux
Sont si célèbres dans le monde :
" Bourdieu, dit-il, aide-moi. Si ta sociologie
Est si lucide et si féconde,
Ta réflexion peut me tirer d’ici. "
Sa prière étant faite, il réalise
Qu’une voix lui parle ainsi :
" Bourdieu veut qu’on s’auto-analyse,
Puis il aide les gens. Regarde d’où provient
La fuite du syndicat par les citoyens ;
Ote de chacune de tes actions
Tes intérêts d’appareil, cette corruption
Qui jusqu’au cou t’enduit ;
Grève dure européenne as tu fais ?
Oui dit l’homme.
Or bien je vais t’aider, dit la voix. Parle vrai.
-Je le fais. Qu’est-ce ? La base lutte à souhait :
Le penseur en soit loué ! ". Lors la voix : " tu vois comme
Les militants ne voulaient que sincérité.
Respecte-toi, le peuple t’aidera.

(d’après Le Charretier embourbé. Il est évident que si certains syndicats de " contestation du système " se mettent à avoir pour ambition principale d’entrée dans la Confédération Européenn des Syndicats pour y obtenir s une respectabilité de façade dans les organismes patronaux et les médias, mais aussi de grasses subventions financières pour gérer des organismes de " co-gestion " du système, il ne faudra pas attendre de leur part une volonté déterminée pour abattre des règles injustes….)

 

5) A.T.T.A.C se voyant dans les médias

De sa présence à l’antenne,
A.T.T.A.C souvent se mirait
Louant l’impact de ses idées,
Mais ne pouvait qu’avec peine
Souffrir son recrutement social,
Dont elle voyait le manque fatal.
" Quelle distance des prolétaires à nos idées !
Disait-elle en voyant des adhérents les métiers.
Les gens les plus sélects nous connaissent
Tandis que les pauvres nous méconnaissent. "
Tout en parlant de la sorte
Des reportages la font maudire.
Elle tâche à se garantir ;
Dans les banlieues elle s’emporte.
Son image, dommageable ornement,
L’arrêtant à chaque moment,
Nuit à l’office que lui rendent
Ses efforts militants, de qui ses jours dépendent.
Elle se dédit alors, et maudit les " présents "
Que les médias lui faisait tous les ans.
Nous faisons cas des médias, nous méprisons l’utile ;
Et les médias souvent nous détruisent.
A.T.T.A.C snobe des lieux qui la rendraient agiles,
Elle estime les médias qui lui nuisent.

(D’après Le cerf se voyant dans l’eau, La Fontaine)

6) Le pot de terre A.T.T.A.C et le pot de fer socialiste

Le pot de fer socialiste proposa
Au pot de terre A.T.T.A.C une collaboration.
Celui-ci s’en excusa,
Disant que la circonspection
Exigeait une agressive distance
Car on lui faisait tant confiance,
Tant, que la moindre trahison
De l’espoir serait la destruction.
I
l n’en reviendrait crédible projet.
" Pour vous, dit-il, qui avez gouverné,
Et qui peut-être encor irez au pouvoir,
Il suffit de ne pas décevoir.
Nous serons votre apologiste
Répartit le socialiste.
Si quelque gauchiste honnête
Dénonce votre stratégie peu nette,
Entre vous deux j’interviendrai
Et du coup je vous sauverai ".
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
L’embarque à ses côtés.
Une élection mes gens s’en vont mener…
Clopin clopant au gouvernement,
Par l’un et par l’autre légitimé,
Le " social libéralisme " s’étend.
Le pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclat,
Sans qu’il eut lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu’avec des loyaux
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces pots.

(D’après Le Pot de terre et le Pot de fer, La Fontaine)

(P.S pendant l’année 2004, le président d’ATTAC Jacques Nikonoff s’était livré par voie de presse à une attaque particulièrement déplacée sur " l’extrême gauche ", comme si elle était la principale responsable de l’avancée des idées libérales en France. Par contre les reniements et les non-agissements du principal fautif –le PS lorsqu’il était au pouvoir, mais aussi les ambiguïtés de sa " ligne " dans l’opposition- étaient traitées de façon pour le moins très polies et peu dérangeantes, puisqu’on était allé jusqu’à rabrouer des militants qui avaient " osé " démonter son stand dans le Larzac. Bref, il ne fallait pas être d’une lucidité particulièrement développée pour soupçonner que les calculs d’intérêt prenaient le pas sur la cause défendue, et cela surtout lorsqu’on sait que le P.S, par la voie des conseils régionaux, est en voie d’arbitrer certains des financements que reçoit l’association A.T.T.A.C dans les régions. Ce qui confirme que comme le dit quelque part Karl Kraus, on ne peut pas être libre dans sa parole lorsqu’on est dépendant financièrement, directement ou indirectement, de ses adversaires et de leurs amis. Autant les autres fables faisaient rire à A.T.T.A.C, autant celle-ci a déclenché majoritairement un silence assourdissant ou un refus affiché et agressif de diffusion….Comme quoi une fable peut faire rire jaune)

 

 

 

 

 

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